Claude Rilly est professeur de lettres classiques et docteur en égyptologie, détaché du CNRS au Laboratoire « Langage, langues et culture d'Afrique noire » (LLACAN). Qu'est-ce qui a conduit ce Breton d'origine à s'intéresser à l'ancien royaume de Koush ? La langue qu'on y parlait dès la fin du IIIe millénaire avant notre ère : le méroïtique. L'importance des contributions de Claude Rilly à la traduction du méroïtique en fait le spécialiste mondial.

Claude Rilly, le Champollion du méroïtique
Cette passion pour l'égyptologie, Claude Rilly croit se souvenir qu'elle remonte à ses 7 ans : « Je suis tombé sous le charme d'une vignette de Ramsès II dans le dictionnaire. » Après un bac scientifique, Claude Rilly entre au lycée Louis le Grand à Paris : hypokhâgne, khâgne, puis premier « échec »… Bien qu'admissible, il n'entre pas à l'École normale supérieure. Il profite alors de son année de licence de lettres classiques à Nantes pour renouer avec les activités sportives. Car non content d'être le Champollion du méroïtique, Claude Rilly est un sportif accompli qui pratique l'aviron et la force athlétique, une voisine de l'haltérophilie : « J'aime la compétition, l'idée d'avoir un but à atteindre. À la réflexion, c'est aussi ce qui me pousse dans mes recherches, le défi intellectuel. »
En parallèle de l'obtention du CAPES, Claude Rilly se lance dans l'étude de la grammaire égyptienne à Paris puis à Montpellier. Il entreprend ensuite des études de démotique1 et de linguistique africaine à l'École pratique des hautes études. Sans oublier, bien entendu, d'enseigner ses matières – français, latin et grec – à des collégiens. C'est en 1991, lorsqu'il tombe sur un article du professeur Jean Leclant, qu'il décide de se consacrer au méroïtique : « Le méroïtique possède deux écritures : l'une utilisant 23 symboles, adaptés des hiéroglyphes égyptiens, l'autre cursive », explique le chercheur. Premiers travaux récompensés en l'an 2000 par la bourse de la Fondation Prince Louis de Polignac : la constitution du Répertoire d'épigraphie méroïtique qui recense et décrit tous les textes connus. Il y fait également le point sur toutes les données et les interrogations qui demeurent sur cette langue. Un travail de fourmi auquel Claude Rilly est parvenu « en bossant et en bossant ».
Pour traduire cette langue mystérieuse à peine déchiffrée, Claude Rilly applique une méthode multicontextuelle, se servant des données de l'archéologie autant que de ses connaissances lexicales et grammaticales. « Quand on reconstruit une langue, c'est tout un monde que l'on doit reconstruire », insiste Rilly. Sa dernière découverte : le rattachement du méroïtique à la famille des langues nilo-sahariennes, un des super-groupes de langues d'Afrique. Après avoir établi un vocabulaire commun aux langues qui composent cette famille, Claude Rilly a reconstitué une protolangue, le Soudanique oriental nord. Et compris que le méroïtique en découlait également. Pour poursuivre ses travaux, établir les correspondances phonétiques, il lui reste encore à explorer les langues apparentées. Encore de nombreuses années de travail…
Julie Coquart/CNRS